Le mot est devenu courant. En Côte d’Ivoire, ils sont nombreux à être présentés comme des « influenceurs ». Ils sont invités dans les médias, sollicités par les marques, suivis par des milliers, voire des millions d’internautes. Pourtant, une question mérite d’être posée : sont-ils réellement des influenceurs au sens plein du terme ou simplement des activistes des réseaux sociaux ?
Car avoir une forte audience ne signifie pas nécessairement avoir une influence. Être populaire sur TikTok, Facebook, Instagram ou YouTube ne fait pas automatiquement de quelqu’un un modèle social. L’influence véritable suppose une capacité à orienter durablement les comportements, les représentations et les choix, mais aussi une certaine responsabilité à l’égard de ceux qui suivent.
C’est précisément là que le bât blesse.
Une partie de ceux qui sont aujourd’hui qualifiés d’« influenceurs » en Côte d’Ivoire s’est surtout construite autour de la polémique, du clash, de l’exposition de la vie privée, de la dénonciation et de la mobilisation émotionnelle des internautes. Leur force réside davantage dans leur capacité à faire parler d’eux que dans leur aptitude à porter un message structurant pour la société.
Ils mobilisent. Ils interpellent. Ils provoquent. Mais influencent-ils réellement ?
L’actualité judiciaire récente invite à poser cette question avec encore plus d’acuité. Au-delà de DJEDJE Grahon Rita Bénédicte et de sa société, une information judiciaire ouverte par le Parquet national financier du Pôle pénal économique et financier vise plusieurs personnalités connues sur les réseaux sociaux, dont Jean Zahibo, alias John Jay, Geoffroy Serey Dié, Adrienne Koutouan, Stéphane Agbré, alias Apoutchou National, Aristide Dali Dago, alias Pantcho le Gatair, Yeelen Virginie Kouamé, alias Maa Bio, et Aboubacar Soumahoro, alias Yaka Yaka de Paris.
Selon le communiqué du Parquet que vous citez, les faits visés comprennent notamment l’association de malfaiteurs, l’escroquerie portant sur du numéraire par appel public à l’épargne, l’abus de confiance, le faux et usage de faux, la complicité d’escroquerie et le blanchiment de capitaux. Les sommes liées aux projets immobiliers concernés sont, à ce stade de l’enquête, provisoirement évaluées à 320 701 500 FCFA.
Ces éléments ne constituent évidemment pas des condamnations. La justice devra établir les responsabilités individuelles et les faits reprochés à chacun. Mais cette affaire pose une question qui dépasse les seules procédures judiciaires : quelle responsabilité accorde-t-on à des personnalités dont la notoriété numérique peut donner à leurs paroles et à leurs projets une apparence de crédibilité ?
Au fond, le débat ne concerne pas seulement les influenceurs. Il concerne également la société qui les fabrique.
Si une personnalité devient célèbre parce qu’elle fait du bruit, multiplie les polémiques ou expose sa vie privée, puis accède progressivement au statut de référence, il faut s’interroger sur les critères collectifs de la réussite.
Pourquoi le nombre d’abonnés serait-il devenu un critère de crédibilité ?
Pourquoi une publication qui récolte des milliers de réactions serait-elle considérée comme plus pertinente qu’une expertise patiemment construite ?
Pourquoi une célébrité du Web devrait-elle automatiquement être invitée à parler de sujets économiques, sociaux ou même politiques ?
Ces questions sont essentielles dans un pays où une grande partie de la jeunesse consomme quotidiennement les contenus produits sur les plateformes numériques.
David Kouassi

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