À Ponvogo, village situé dans la sous-préfecture de Korhogo, la tradition sénoufo s’est une nouvelle fois exprimée dans toute sa richesse. Les 7 et 8 août 2026, la localité a célébré le « Kafôhô », une fête de génération qui marque, selon les sachants, l’aboutissement d’un cycle initiatique de sept années en pays sénoufo.
Durant deux jours, le village a vécu au rythme des rites, des cérémonies et des manifestations culturelles. Une occasion pour les populations de réaffirmer leur attachement à un patrimoine transmis de génération en génération. Ponvogo, qui conjugue modernité et tradition, a ainsi offert aux visiteurs une immersion au cœur des pratiques ancestrales du Poro.
L’un des moments les plus remarqués de la célébration a été l’apparition des femmes ayant achevé une étape importante de leur parcours initiatique. Une colonne de femmes, pour certaines d’un âge avancé, vêtues de tenues rituelles du Poro, a traversé le village sous les regards curieux de la population.
Certaines portaient une queue de cheval blanche, accessoire associé aux rites accomplis. Une scène inhabituelle qui a suscité admiration et curiosité parmi les visiteurs.

Selon Coulibaly Brahima, cadre de Ponvogo et promoteur du Festival des Arts et Cultures Sénoufo de Ponvogo, ces femmes venaient d’achever le rite dénommé « Tchehiberi ».
« Les femmes concernées sont celles dont les hommes de la même promotion avaient effectué ce passage initiatique quelques mois auparavant », a-t-il expliqué.
Dans la cour de sa résidence, un attroupement s’est formé autour d’une case sacrée. Parmi les curieux et les initiés figuraient également les nouvelles initiées, venues accomplir un rituel de reconnaissance.
« Ces femmes sont venues remercier les ancêtres et les génies pour leur assistance invisible tout au long de leur initiation », a expliqué Coulibaly Brahima. Il insiste sur la place de la reconnaissance dans la culture sénoufo. « La reconnaissance chez le Sénoufo est non seulement une valeur cardinale, mais aussi divine et sacrée », souligne-t-il.
Sept années de parcours initiatique
Le Kafôhô constitue le point culminant de la fête de génération. Il vient sanctionner sept années de parcours initiatique, d’apprentissage et d’épreuves. Pour les familles et les initiés, cette étape revêt donc une forte portée symbolique.
« En plus de célébrer notre indépendance politique, nous célébrons aussi, ce jour, notre indépendance spirituelle », confie Coulibaly Brahima, qui veille au bon déroulement des différentes étapes de la cérémonie.
Dans l’après-midi, les femmes initiées sont apparues les unes après les autres, vêtues de leurs parures rituelles et portant différents accessoires traditionnels. Leur arrivée sur la place de la chambre mortuaire a suscité l’émerveillement des nombreux spectateurs.
Installés sous des bâches ou assis sur des troncs d’arbres, les participants ont suivi le rituel dans une ambiance à la fois solennelle et festive. Des repas préparés pour l’occasion ont été servis, tandis qu’à proximité, un fût de tchapalo, bière traditionnelle locale, rappelait le caractère convivial de la rencontre.
Sous les bâches dressées pour l’occasion, les figures emblématiques du bois sacré ont pris place. Présentées comme les « reines » et les anciennes du Poro, elles ont assisté au déroulement du rituel devant une foule venue de Ponvogo et des villages voisins.
« C’est une première dans notre zone. Ce rituel est spécifique à Ponvogo. En tout cas, c’est beau à voir », témoigne Salif, venu de Blahouara, village allié de Ponvogo.
Les hommes de la même génération que les femmes initiées ont également fait leur apparition, parés de leurs attributs traditionnels. Certains portaient à la main une queue de cheval, symbole de victoire et d’accomplissement, tandis que d’autres prenaient place sur des chaises en bois soigneusement sculptées.

Après sept années de parcours initiatique, leur présence symbolise l’aboutissement d’un cycle majeur du Poro. Pour les parents, les épouses et les proches, l’émotion était palpable. Ces hommes et ces femmes étaient, le temps de la cérémonie, au centre de toutes les attentions.
La célébration s’est achevée par une procession du bois sacré à travers le village. Un moment symbolique qui illustre la continuité du Poro et la transmission des savoirs, des valeurs et des responsabilités d’une génération à l’autre.
Aly OUATTARA

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