Elle est au cœur d’une affaire portant sur la soustraction présumée de 337 657 200 FCFA..
Le visage dissimulé derrière un masque de protection bleu et la tête couverte d’un foulard, D. Nadège était devant le pôle pénal ce vendredi à Abidjan.
Ancienne conseillère clientèle à l’agence d’Aghien de la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC),
Selon les faits exposés à l’audience, les opérations se seraient déroulées entre mars 2023 et juillet 2025. Au total, 121 virements auraient été effectués à partir de comptes bancaires dont les titulaires n’effectuaient plus de mouvements.
À la barre, l’ancienne employée explique avoir repéré des comptes suffisamment approvisionnés, mais apparemment inactifs. Elle affirme que la vérification de ces comptes avait été demandée par la direction de l’audit.
« Quand j’appelle le client, il ne répond pas », explique-t-elle.
Mais ce qui aurait commencé par l’identification de comptes dormants aurait ensuite débouché sur des opérations frauduleuses présumées.
Interrogée sur la destination des fonds, D. Nadège cite un certain Patrick Babadi, qu’elle présente comme un ressortissant congolais vivant dans son pays et venant occasionnellement à Abidjan.
Selon ses déclarations, elle aurait transféré l’argent à cet homme après lui avoir parlé de l’existence des comptes dormants. Elle indique avoir effectué les opérations dans une agence située à Treichville.
Une explication qui soulève plusieurs interrogations. L’ancienne conseillère clientèle affirme ne disposer d’aucun contact de Patrick Babadi. Elle dit avoir parlé une seule fois avec sa mère, mais n’a pas été en mesure d’indiquer au tribunal l’adresse précise de l’agence de Treichville où les opérations auraient été réalisées.
Elle soutient également n’avoir tiré aucun bénéfice personnel de l’argent en cause.
« Je n’ai pas investi, je n’ai pas profité de cet argent », affirme-t-elle.
Ces déclarations suscitent l’incompréhension de la présidente du tribunal, qui l’interpelle sur la gravité des faits et leurs conséquences pour les épargnants.
« Vous vous rendez compte de votre acte ? Quelqu’un épargne son argent et vous le pompez ! Qui peut encore avoir confiance en vous ? Votre histoire est hallucinante », déplore la magistrate.
À l’audience, D. Nadège explique avoir ouvert un compte au nom de sa petite sœur avant de commencer les opérations.
« C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à passer mes écritures. L’argent a été remis à quelqu’un à qui j’ai parlé des comptes dormants », déclare-t-elle, avant de citer le nom de Patrick Babadi, à la demande de la présidente du tribunal.
Entendue à son tour, la petite sœur confirme que le compte avait été ouvert par D. Nadège en son nom. Elle affirme qu’elle se rendait régulièrement à la banque pour effectuer des retraits à la demande de son aînée.
« Tous les trois jours, j’étais à la banque pour faire des retraits à sa demande », explique-t-elle.
Elle précise que les montants retirés pouvaient atteindre cinq ou dix millions de FCFA. Selon son témoignage, elle remettait ensuite l’argent à D. Nadège.
Lorsqu’elle lui demandait la provenance des fonds, sa sœur lui répondait qu’elle faisait des affaires. Elle affirme ne pas avoir su à quoi l’argent était destiné ni connaître les investissements éventuellement réalisés.
« Je faisais les retraits et je lui remettais l’argent. Je ne sais pas où allait l’argent. Je n’ai pas connaissance de ses réalisations », déclare-t-elle à la barre.
Des zones d’ombre à éclaircir
Au-delà du montant en cause, cette affaire soulève des questions sur les mécanismes de contrôle des comptes inactifs, les procédures internes de la banque et le rôle des différentes personnes intervenues dans les opérations.
La destination finale des fonds, l’identité et l’implication éventuelle du bénéficiaire cité ainsi que le degré de connaissance de la petite sœur devront être appréciés à la lumière des éléments examinés par la justice.
David kouassi

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