Ils sont jeunes, viennent de pays voisins et, pour certains, ne parlent pas français. Le vendredi 16 octobre 2026, plusieurs présumés orpailleurs illégaux ont comparu devant le Pôle pénal économique et financier (PPEF). À la barre, les mêmes récits se succèdent, révélant les rouages d’une activité clandestine qui continue de poser un sérieux défi aux autorités ivoiriennes.
Leur histoire se ressemble. Recrutés par des personnes qu’ils désignent sous le nom de « boss », ces jeunes arrivent en Côte d’Ivoire avec l’espoir de gagner de l’argent et de soutenir leurs familles restées au pays. Une fois sur place, ils sont affectés à différents sites pour extraire le métal précieux, souvent dans des conditions précaires.
« Nous sommes payés en fonction de la quantité d’or que nous collectons. Le gramme est acheté à 12 500 FCFA », explique l’un des prévenus. Un autre affirme avoir gagné seulement 300 000 FCFA après quatre années de travail. Un troisième dit avoir perçu 900 000 FCFA, dont une partie lui a permis d’acheter une moto à 300 000 FCFA.
Des revenus qui contrastent avec les risques encourus et les conséquences environnementales de cette activité.
Le cas de trois jeunes Burkinabè interpellés dans la sous-préfecture de Siempurgo, dans le département de Boundiali, illustre cette difficulté. Située à environ 32 kilomètres du chef-lieu du département, cette localité a été le théâtre de leur arrestation par les forces de sécurité.
À l’audience, l’un des prévenus a cité un certain Ladji Cissé comme étant la personne pour laquelle il travaillait. Il a également désigné un dénommé Fodjo comme propriétaire du site, précisant que celui-ci venait acheter l’or extrait.
Mais ces deux personnes n’ont pas été interpellées dans le cadre de cette affaire, selon les éléments présentés à l’audience. Les prévenus affirment par ailleurs ne plus avoir eu de contact avec elles depuis leur arrestation.
Dès lors, une interrogation demeure : comment atteindre les personnes qui organisent, financent et tirent profit de ces activités clandestines ?
Car, sur le terrain, les ouvriers ne sont souvent que le dernier maillon d’une chaîne dont les principaux bénéficiaires restent difficiles à identifier.
Au-delà de l’exploitation sans titre minier, les débats ont également mis en évidence les risques liés aux méthodes utilisées pour extraire l’or.
Les prévenus ont reconnu avoir recours au mercure pour séparer le métal précieux de la boue. Interrogés par le représentant du ministère public sur le devenir de ce produit après utilisation, ils ont répondu que des personnes venaient le récupérer et le conserver.
Ces déclarations soulèvent des questions sur la traçabilité du mercure et la gestion des déchets issus de l’activité minière. L’utilisation incontrôlée de ce métal lourd peut contaminer les sols et les eaux, avec des conséquences potentiellement graves pour les populations et les écosystèmes.
Pour le représentant du parquet, les faits sont établis. Il a notamment relevé que les prévenus étaient connus comme des orpailleurs à Siempurgo et qu’ils ne disposaient d’aucun titre minier. Le ministère public les poursuit pour exploitation illégale de sites miniers, pollution de l’environnement et blanchiment de capitaux.
En répression, il a requis 36 mois d’emprisonnement ferme, sans préjudice des peines complémentaires.
De son côté, l’avocat de la défense a demandé au tribunal de tenir compte de la situation des prévenus et de leur donner une chance de se reconstruire.
Il a notamment soutenu que ses clients avaient expliqué que le mercure était conservé dans des fûts et qu’ils ne savaient pas où les déchets étaient déversés. L’avocat a également interrogé la qualification de blanchiment de capitaux, estimant qu’une activité illicite générant des revenus ne suffit pas, à elle seule, à établir automatiquement cette infraction.
Le tribunal rendra sa décision le 30 octobre 2026.
Au-delà du sort judiciaire des prévenus, cette audience remet au centre du débat la question des réseaux qui alimentent l’orpaillage illégal.
Tant que les ouvriers sont les seuls à répondre devant la justice, les commanditaires, les financiers et les acheteurs qui organisent la chaîne risquent de continuer à échapper aux poursuites.
La lutte contre ce phénomène ne peut donc se limiter aux arrestations sur les sites. Elle suppose également de remonter les circuits de financement, d’identifier les bénéficiaires de l’or extrait illégalement et d’établir les responsabilités de chaque acteur.
David Kouassi

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