Quinze ans après la crise post-électorale de 2010-2011, le silence des armes n’a pas effacé le vacarme intérieur des victimes. Derrière les sourires reconstruits et les vies reprises tant bien que mal, subsistent des traumatismes profonds, souvent ignorés. À Dabou, la Confédération des Organisations de Victimes des Crises Ivoiriennes (COVICI) a décidé de briser ce silence en renforçant les acteurs de première ligne de la santé mentale.
Si la Côte d’Ivoire a amorcé sa reconstruction institutionnelle depuis 2015 avec le processus de réparation des victimes, la réalité psychosociale demeure alarmante. Dans plusieurs régions affectées par les crises successives, des milliers de victimes continuent de vivre avec des troubles post-traumatiques non pris en charge, aggravant leur vulnérabilité sociale et économique.

« La souffrance mentale est souvent invisible, mais ses effets sont dévastateurs si elle n’est pas traitée », confie un travailleur social venu de Duékoué, rappelant l’ampleur d’un mal encore tabou.
C’est dans ce contexte que la COVICI organise, du 18 au 24 janvier 2026 à l’hôtel N’Gbafré de Dabou, un atelier de renforcement des capacités réunissant 28 participants : travailleurs sociaux, pairs-éducateurs, points focaux communautaires et membres de l’équipe projet.
L’objectif est clair : doter ces acteurs d’un manuel de santé mentale et de soutien psychosocial (SMSP), véritable guide pratique pour mieux identifier la détresse psychologique, gérer les traumatismes et assurer un accompagnement efficace des personnes vulnérables.
Financé par le Fonds d’héritage pour la justice transitionnelle en Afrique (ATJLF), cet atelier s’inscrit dans le projet de renforcement de la cohésion sociale et de la prise en charge psychosociale des victimes vulnérables.
« Ce manuel est un outil conçu pour répondre aux réalités du terrain et améliorer durablement la qualité de l’accompagnement psychosocial », souligne la cheffe de projet de la COVICI.
Animée par une psychologue consultante, la formation adopte une approche participative : études de cas, travaux de groupe, partages d’expériences et modules pratiques. Les thématiques abordées vont du psycho-traumatisme aux premiers secours psychologiques, en passant par les groupes de parole et l’auto-assistance communautaire.
« Nous ne formons pas seulement des techniciens, mais des acteurs capables d’écoute, d’empathie et de discernement », insiste la formatrice.
À l’issue de l’atelier, les participants seront mieux outillés pour orienter les cas complexes vers des services spécialisés et restaurer la dignité des victimes. À travers cette initiative, la COVICI réaffirme sa conviction : il ne peut y avoir de justice transitionnelle ni de paix durable sans santé mentale.
Une bataille silencieuse, mais essentielle, engagée à Dabou pour panser les blessures invisibles de la nation.
Josué Koffi

Discussion about this post