⭕️ MON AVIS SUR…
Abidjan, le dimanche 20 septembre 2026
Par #JYEE #ADN
🔲 APRÈS OUATTARA, L’ÉPREUVE DE LA MATURITÉ POLITIQUE.
Le pouvoir comme l’opposition, en Côte d’Ivoire, arrivent à un moment de vérité. La présidentielle d’octobre 2025 a offert à Alassane Ouattara une réélection avec 91 % des voix, et les législatives de décembre ont prolongé cette domination. Le RHDP a remporté environ 77 % des sièges. Une telle hégémonie donne l’illusion de la stabilité. Elle ne dispense ni le camp présidentiel ni ses adversaires de la question qui les attend : que devient le jeu politique quand le principal acteur des quinze dernières années s’efface ?
🔘 AU RHDP, RÉUSSIR LA TRANSMISSION SANS CASSER LA MAISON
Le parti au pouvoir n’a jamais réellement testé la succession en temps calme. En 2020, le dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, est mort brutalement, ouvrant une féroce bataille interne. Un héritier annoncé trop tôt est vulnérable, un héritier non préparé est contesté. Aujourd’hui, la presse décrit des « blocs » déjà formés. Selon certains titres, une guerre froide oppose des camps dont aucun ne veut se laisser dicter sa loi, et les antagonismes se seraient accentués depuis que certains ont le sentiment qu’on voudrait leur imposer un dauphin naturel. Les réorganisations récentes, jusqu’aux changements de secrétaires départementaux, alimentent la lecture d’un parti en train de se repositionner. Ces récits relèvent en partie de la spéculation, mais leur simple circulation nous montre que la succession est déjà ouverte dans les esprits.
Le RHDP est un attelage, hérité de la fusion de familles politiques d’origines différentes. La succession sans fracture suppose donc des règles claires plutôt qu’un choix opaque, une place réelle pour chaque sensibilité (anciens du RDR, PDCIstes, cadres montants), et un calendrier qui évite tant la précipitation que l’attente indéfinie. Il faudrait que les militants et les cadres reconnaissent la procédure avant de reconnaître le nom. C’est à ce prix seulement que la continuité cessera d’être un slogan.
🔘 DANS L’OPPOSITION, L’UNION NE DOIT PAS SEULEMENT SE DÉCRÉTER
L’opposition sort affaiblie de la dernière présidentielle. Exclusions de candidatures, boycotts, éparpillement. Le scrutin de 2025 a laissé un champ politique déséquilibré, où l’offre alternative peine à exister. Chacun en rend responsable les règles du jeu. Mais l’honnêteté commande d’ajouter que l’opposition s’est aussi affaiblie elle-même, par ses querelles de leadership et ses stratégies non concertées.
L’«Union sacrée» est devenue l’incantation favorite de ses dirigeants. Or une union ne se proclame pas dans les meetings, elle se construit sur un socle. Sur un programme minimal partagé. Sans cela, elle ne sera qu’une addition d’ambitions. Surtout que, l’union n’est que la moitié du chemin. L’autre moitié, c’est le renouvellement de l’offre politique. Les Ivoiriens, ne se déterminent plus seulement à l’aune des vieux clivages hérités de la crise. Ils parlent coût de la vie, emploi, logement, mobilité, qualité des services publics. Une opposition qui continuerait de rejouer les batailles d’hier, avec les visages d’hier, resterait spectatrice d’une société qui a changé.
Les deux camps affrontent au fond la même épreuve. Passer de la loyauté envers des personnes à la fidélité envers des institutions et des idées. Le RHDP doit prouver qu’il survit à son fondateur. L’opposition doit prouver qu’elle existe autrement que par opposition systématique au président actuel.
La démocratie ivoirienne y gagnerait à ce que les deux réussissent. Un pouvoir qui se renouvelle dans l’ordre et une opposition qui se recompose avec crédibilité. C’est la condition d’une alternance qui, le moment venu, ne serait plus une peur mais une possibilité.
Jean-Yves ESSO

Discussion about this post