Depuis quelques semaines, la gestion de la situation dans la filière cacao alimente critiques et commentaires. Dans un pays où le cacao représente à la fois un pilier économique et un moyen de subsistance pour des millions de producteurs, il est naturel que chaque difficulté suscite des réactions.
Aucune organisation n’est parfaite et, dans tout système, des failles peuvent apparaître. Mais pour comprendre la situation actuelle, encore faut-il poser le bon diagnostic.
Contrairement à ce que certains laissent entendre, le véritable problème ne réside pas dans le prix de la nouvelle récolte. Celui-ci s’inscrit dans le mécanisme de fixation des prix mis en place dans la filière, un système qui vise précisément à protéger les producteurs contre les fortes fluctuations du marché international.
Le véritable nœud de la situation se trouve ailleurs : dans les stocks de fèves issus de la grande campagne qui restent encore entre les mains de nombreux producteurs et de coopératives. Ces stocks, pourtant recensés, auraient déjà fait l’objet de financements destinés à permettre leur enlèvement. En d’autres termes, les moyens pour résoudre cette difficulté existent en principe.
La question est donc simple : pourquoi ces stocks sont-ils encore immobilisés ?
Conscient des difficultés rencontrées par les producteurs, le Président de la République a décidé de décaisser 280 milliards de FCFA afin de faciliter le rachat de ces stocks et soulager la filière. Cette décision traduit une volonté politique claire : préserver les revenus des producteurs et garantir le respect du prix fixé pour la campagne principale.
Mais une décision, aussi forte soit-elle, n’a de sens que si sa mise en œuvre est effective sur le terrain. Aujourd’hui, la véritable interrogation demeure donc la suivante : où en est concrètement l’opération de rachat de ces stocks ?
Cette question mérite des réponses précises. Les producteurs, les coopératives et l’ensemble des acteurs de la filière attendent de la transparence sur l’évolution de cette opération. Dans une démocratie, la clarification des politiques publiques n’est pas un luxe, mais une exigence.
C’est dans cet esprit que certains parlementaires ont décidé d’exercer leur mission de contrôle de l’action publique en déposant une demande d’information auprès de l’Assemblée nationale.
L’objectif est simple : permettre que les responsables chargés de ce dossier puissent s’expliquer et apporter les éclaircissements nécessaires sur la gestion des stocks résiduels.
Au-delà du débat politique, il s’agit avant tout de défendre l’intérêt des producteurs. Beaucoup d’entre eux attendent encore des actions concrètes pour l’enlèvement de leurs fèves et pour la stabilisation de leurs revenus.
Dans ce contexte, il est regrettable que certains choisissent de transformer cette situation en tribune politique. Les discours ne changent pas les fondamentaux d’un marché international qui obéit avant tout à la loi de l’offre et de la demande.
Si la Côte d’Ivoire veut véritablement renforcer sa position dans la filière cacao, le défi dépasse la seule production. Le pays doit également accélérer la transformation locale et encourager la consommation de produits dérivés, notamment le chocolat. C’est à cette condition que l’économie cacaoyère ivoirienne pourra réduire progressivement sa dépendance aux aléas du marché mondial.
En définitive, l’enjeu est clair : sortir des polémiques pour se concentrer sur l’essentiel — apporter des réponses concrètes aux producteurs et bâtir une filière cacao plus solide, plus intégrée et plus résiliente.
David Kouassi

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