La tension monte à Djerissonkaha. Dans ce village situé dans la sous-préfecture de Karakoro, dans le département de Korhogo, un différend lié au foncier oppose des habitants et fait craindre une dégradation du climat social. Des destructions de vergers, des ventes de parcelles ainsi que des cas d’expulsion sont notamment dénoncés par plusieurs habitants.
Le 29 août 2026, Yeo Nakoungo, doyen d’âge du village et fonctionnaire à la retraite, a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, la situation pourrait, si elle n’est pas rapidement maîtrisée, déboucher sur des affrontements communautaires et fragiliser davantage la cohésion sociale.
Au cœur de la polémique, la destruction d’un verger, notamment de plusieurs manguiers, à l’aide de tronçonneuses. Des habitants dénoncent également des opérations de vente de parcelles qui seraient à l’origine de tensions dans le village.
Yeo Nakoungo déplore également des cas d’expulsion. Il affirme que certaines personnes auraient quitté le village tandis que d’autres seraient menacées de départ.

« Des gens ont quitté le village, d’autres sont l’objet d’expulsion. Un boutiquier du village a eu sa maison et sa boutique décoiffées. Les tôles ont été enlevées. La cohésion sociale et le vivre-ensemble que nous avons connus depuis des temps se sont effrités dans le village », a-t-il déploré.
Le doyen d’âge s’est également insurgé contre la destruction des manguiers. « Ce sont des arbres fruitiers, des arbres de rente dont des familles tirent leur subsistance, notamment les femmes et les jeunes », a-t-il fait savoir, estimant que leur destruction ne saurait être banalisée.
Soro Kafana, un habitant de Djerissonkaha, raconte avoir entendu, dans la nuit, le bruit des tronçonneuses.
« Nous avons entendu le vrombissement des tronçonneuses durant la nuit et nous nous sommes approchés d’eux pour en savoir davantage. Ils nous ont dit que c’est le chef de canton de Karakoro qui avait demandé de couper les manguiers », a-t-il relaté.
Face à cette situation, les responsables communautaires disent avoir tenté de calmer les jeunes afin d’éviter une escalade.
Le colonel de gendarmerie à la retraite et chef de famille, Sekongo Nalourgo, apporte toutefois une autre lecture du différend. Selon lui, l’objectif initial était de sécuriser les terres face à la pression démographique.
« C’est en vue de sécuriser nos terres, vu l’avancée de la démographie, que nous avons confié à un opérateur le soin de nous trouver un géomètre qui va mettre des bornes. Et c’est cet opérateur qui n’a pas joué franc jeu », a-t-il expliqué.
Une position également défendue par plusieurs chefs de famille et habitants, dont Yeo Nakoungo, Yeo Kafana et Soro Siriky.
Face à la montée des tensions, le colonel à la retraite et les chefs de famille de Djerissonkaha lancent un appel aux autorités administratives et coutumières. Leur souhait : trouver rapidement une solution consensuelle afin d’éviter que le différend foncier ne dégénère.
« Nous essayons de contenir la jeunesse… mais jusqu’à quand ? », s’interroge Sekongo Nalourgo, qui appelle à une intervention rapide des autorités.
Joint au téléphone, le chef de canton de Karakoro a indiqué ne pas souhaiter se prononcer sur cette affaire. « Je n’ai pas d’avis à donner sur le cas du village Djerissonkaha. Je vous réfère au député et au sous-préfet », a-t-il déclaré.

Le député de Karakoro, également joint, a, pour sa part, privilégié l’apaisement. « J’ai le dossier en main. Je suis en pourparlers avec toutes les parties. Ce sont nos parents. Nous allons trouver une solution idoine afin qu’ils continuent à vivre main dans la main et renforcer la cohésion sociale, le vivre-ensemble qui a toujours régné à Djerissonkaha », a-t-il assuré.
Le sous-préfet de Karakoro, actuellement hors de sa circonscription pour cause de décès, a indiqué qu’il se prononcera sur le dossier à son retour.
En attendant, les différentes forces vives de Djerissonkaha poursuivent les démarches en faveur de l’apaisement. L’objectif affiché est de préserver la paix et le vivre-ensemble dans ce village où le différend foncier fait désormais peser des inquiétudes sur la cohésion sociale.

Discussion about this post