MON HISTOIRE AVEC AHOUA DON MELLO
J’ai quitté la politique politicienne depuis mai 2021, pour des raisons personnelles. Mais le peu de temps que j’ai passé dans cet univers m’a permis de côtoyer des hommes de tous bords, avec leurs qualités, leurs faiblesses, leurs ambitions et parfois leurs contradictions. Parmi eux, il y en a un qui m’a profondément marqué ; Ahoua Don Mello.
Je l’ai véritablement connu en 2003. Il était alors directeur général du BNETD, tandis que j’avais quitté cette maison depuis 2000 pour rejoindre l’ANARÉ comme Secrétaire général, avec rang de DGA. Très souvent, je me rendais à son bureau pour discuter politique, mais surtout histoire politique. Je voulais comprendre le FPI, ses origines, ses hommes, ses combats, ses fractures internes. Et sur ce terrain, Don Mello était une véritable bibliothèque vivante.
Pendant des heures, il me racontait la naissance du FPI, ses véritables fondateurs, les circonstances de sa création, les rapports de force internes, l’ascension fulgurante de Pascal Affi N’Guessan, bâtie selon lui sur ses seules compétences techniques et politiques. Il me parlait de Simone Gbagbo, d’Assoa Adou, de Mamadou Koulibaly, de leurs caractères, de leurs qualités intellectuelles, de leurs limites aussi. J’ai énormément appris à ses côtés. Mais au-delà de l’intellectuel brillant, c’est surtout l’homme qui m’a marqué.
À cette époque, je portais un ambitieux projet de développement pour le canton Ahetou, dans la région de Dimbokro, un canton qui m’avait littéralement adopté. Lorsque je lui ai présenté ce projet, il ne s’est pas contenté de belles paroles ou d’encouragements de circonstance. Immédiatement, il a mobilisé des équipes techniques du BNETD pour aller sur le terrain, étudier la faisabilité du projet et rencontrer les populations.
Mieux encore, il s’est déplacé lui-même jusqu’au village d’Abidji pour expliquer aux habitants les perspectives économiques et sociales qu’un tel programme pouvait offrir à leur localité. Ce jour-là, j’ai découvert un homme de terrain, un haut cadre capable de quitter les salons climatisés d’Abidjan pour aller parler développement avec des paysans, sans arrogance ni mise en scène.
Malheureusement, pour des raisons essentiellement politiques et des rivalités de personnes, certains cadres ont saboté le projet. Il n’a jamais vu le jour. Mais cette expérience a définitivement forgé mon regard sur Don Mello. Contrairement à beaucoup, ce n’est pas un homme qui parle du peuple pour ensuite vivre coupé du peuple.
Je me souviens également du décès de la mère de Pascal Affi N’Guessan. Je m’étais rendu au village, qui est aussi celui de Don Mello, parent de la famille. Et là encore, j’ai été frappé. Alors qu’il dirigeait l’une des structures les plus puissantes du pays, il vivait dans une maison d’une simplicité déconcertante. Une petite bâtisse modeste, loin des villas ostentatoires qu’affichaient déjà certains cadres politiques notamment à Mama, Gagnoa ou Issia. Ce contraste m’avait profondément interpellé.
Je crois sincèrement que Don Mello est un vrai socialiste. Pas un socialiste de discours ou de tribune. Un homme qui n’est pas obsédé par l’argent, les apparences ou les privilèges. Il aime avant tout la technologie, l’innovation, l’informatique, les idées, les projets structurants. C’est cela qui le passionne réellement.
Bien sûr, je ne partage pas toutes ses analyses politiques ou économiques. Mais une chose est certaine, c’est un homme de conviction, qui agit avec passion et sans calcul personnel permanent.
Alors quand j’apprends aujourd’hui qu’un homme comme lui est traité comme un vulgaire intrus, après avoir tant donné au combat de Laurent Gbagbo, je ne suis malheureusement pas surpris.
Avant lui, Pascal Affi N’Guessan, Mamadou Koulibaly, Simone Gbagbo ou encore Charles Blé Goudé ont eux aussi connu l’excommunication politique pour avoir cessé d’être de simples exécutants.
Le problème de fond est connu ; dans cet univers politique, il ne faut jamais devenir trop grand intellectuellement, trop autonome, trop charismatique ou trop compétent au risque d’apparaître comme une alternative crédible au chef. Dans ce système, la fidélité ne suffit jamais. Il faut aussi l’effacement.
Pourtant, Don Mello avait prouvé sa loyauté. Il avait même activement combattu son propre “frère” Affi N’Guessan lors des élections régionales de Bongouanou afin de démontrer son alignement total avec Laurent Gbagbo. Mais au final, cela n’a servi à rien. Parce que dans certains partis politiques, des chefs ne pardonnent jamais l’existence de talents susceptibles de leur faire de l’ombre.
C’est là toute la différence avec d’autres formations politiques ivoiriennes. Par exemple, au RHDP, malgré les crises avec Guillaume Soro, Amon Tanoh ou Mabri Toikeusse, Alassane Ouattara a souvent privilégié la réconciliation et le retour au sein de la famille politique. Même après des attaques extrêmement dures, des ponts ont été reconstruits.
À l’inverse, autour de Laurent Gbagbo, la rupture semble toujours définitive, personnelle et parfois même émotionnelle. Des compagnons historiques deviennent brusquement des ennemis à abattre. Des décennies de combat commun sont effacées d’un trait.
Le plus triste, dans cette affaire, c’est que Don Mello n’est pas seulement écarté pour une divergence politique. Il est surtout écarté parce qu’il représente quelque chose : l’intelligence, l’expérience internationale, la capacité technique, les réseaux économiques, la modernité et une crédibilité qui peuvent peser dans l’après-Gbagbo. Et cela fait peur à certains dans le clan. Le reste n’est qu’habillage politique.
Moi, je retiens surtout l’image d’un homme simple, cultivé, accessible, passionné de développement, qui croyait sincèrement qu’on pouvait transformer ce pays par les idées et le travail. Et dans le climat politique actuel, ce genre d’homme devient malheureusement rare.

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