En ce début de rentrée scolaire 2026-2027 en Côte d’Ivoire, la situation est préoccupante chez les producteurs de mangues, notamment les paysans et les pisteurs. Deux jours après la réouverture des classes, certains n’ont toujours pas reçu les prêts scolaires habituellement accordés par leurs partenaires que sont les exportateurs de mangues dans le nord de la Côte d’Ivoire.
Selon des informations recueillies auprès de plusieurs acteurs de la filière, cette situation s’explique notamment par les inquiétudes suscitées par la menace de l’Union européenne qui pèse sur la filière mangue ivoirienne. Cette situation pourrait compromettre, voire entraîner la suspension, de la campagne de récolte et de commercialisation 2026-2027 vers le marché européen.
« Ce n’est pas que les exportateurs ne veulent pas donner les prêts. Ils ont du mal à se projeter, car la situation est confuse. Par conséquent, ils ne peuvent pas se faire accompagner par leurs financiers habituels que sont les importateurs et les institutions financières », a révélé une source proche du collège des acteurs de la filière.
Cette inquiétude intervient après les saisies et destructions de cargaisons de mangues consécutives à la détection de larves de mouches des fruits au cours de la campagne 2025-2026. Au total, 27 saisies auraient été enregistrées, alors que cinq saisies sont recommandées et autorisées par le principal marché importateur de mangues. La Côte d’Ivoire figure parmi les principaux pays exportateurs mondiaux de mangues, derrière notamment le Brésil et le Pérou.
Chez les producteurs, l’inquiétude est également perceptible. « Les exportateurs ne veulent pas donner les prêts scolaires comme ils le font chaque année parce qu’ils ne savent pas comment ils vont être remboursés dans le cas où la Côte d’Ivoire serait suspendue. Il n’y aurait alors pas de campagne 2026-2027 », expliquent des producteurs.
Même préoccupation chez les pisteurs, ces acteurs spécialisés dans la récolte des mangues dans les vergers.
« Comme de tradition, avant chaque rentrée scolaire, les exportateurs nous accordent des prêts scolaires afin que nos enfants puissent aller à l’école, à l’université et dans les grandes écoles. Ces prêts sont ensuite remboursés pendant la récolte, en kilogrammes de mangues. Mais avec la menace de l’Union européenne, si rien n’est fait, il risque de ne pas y avoir de campagne l’année prochaine vers le marché européen. C’est toute la filière qui sera impactée », expliquent-ils.
Et d’ajouter : « Ces prêts scolaires étaient également suivis de prêts destinés à l’entretien des vergers. Mais jusqu’à ce jour, nous n’avons encore rien reçu. Nous sommes tous inquiets. »
Face à cette situation, des producteurs lancent un appel aux autorités ivoiriennes. « C’est un cri de cœur que nous lançons au gouvernement, au vice-président de la République et à notre papa, le président de la République, pour sauver la campagne de récolte et de commercialisation de la mangue, qui est notre café-cacao », plaident-ils.
Selon eux, de nombreuses familles, particulièrement des jeunes, vivent de cette activité. « Suspendre l’accès de la mangue ivoirienne au marché européen, c’est mettre en péril la cohésion sociale dans nos localités, avec des dégâts collatéraux que cela pourrait engendrer », ont déclaré des paysans sous le couvert de l’anonymat.
L’inquiétude gagne également d’autres acteurs de la chaîne, notamment les transporteurs aériens, maritimes et routiers.
Le ministère à pied d’œuvre
Selon des sources concordantes au sein de la filière mangue, la tutelle, notamment le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, « a pris conscience de la grande menace et s’est saisie du dossier ».
Même son de cloche du côté de la direction régionale de l’Agriculture et du Développement rural : « Le ministère est à pied d’œuvre », a indiqué une source.
Ainsi, en ce début de rentrée scolaire, des enfants de producteurs et de pisteurs de mangues pourraient être confrontés à des difficultés pour retrouver les chemins de l’école, des collèges, des lycées, des amphithéâtres des universités et des grandes écoles. Une rentrée qui s’annonce donc difficile pour de nombreuses familles dépendantes de la filière mangue.
Cette situation intervient alors que le préfet de la région du Poro, préfet de Korhogo, préfet hors grade, Karim Diarrassouba, a exhorté, le 14 septembre 2026, lors de la cérémonie de montée du drapeau, les parents à envoyer leurs enfants à l’école, à l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027.
Pour l’heure, les différents acteurs de la filière mangue gardent les yeux rivés sur la tutelle, dans l’attente de mesures susceptibles de rassurer les producteurs, les pisteurs et l’ensemble des acteurs de la chaîne.
Aly OUATTARA

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