À Téhini, petite circonscription nichée au cœur du Bounkani, le silence habituel des lendemains électoraux a cédé la place au tumulte. Depuis le scrutin législatif du 27 décembre, la localité est secouée par une série d’accusations qui interrogent la crédibilité du processus démocratique et ravivent les tensions politiques dans le nord du pays.
Longtemps restée en marge de l’actualité nationale, Téhini s’est retrouvée propulsée au centre de toutes les attentions. Dans les rues poussiéreuses comme sur les réseaux sociaux, un même sujet domine les conversations : la sincérité du scrutin. « On n’a jamais autant parlé de Téhini que ces derniers jours, mais malheureusement pour de mauvaises raisons », confie un notable local, visiblement amer.
Au cœur de la tempête, Ouattara Oumar, candidat du RHDP, parti au pouvoir. Des vidéos largement relayées sur la toile le montrent, selon leurs auteurs, en train de remettre des billets de banque à des agents de la Commission électorale indépendante (CEI). La scène, filmée dans le bureau de vote Téhini BV2, alimente de lourdes accusations de corruption électorale.
« Ces images jettent un sérieux discrédit sur la neutralité du scrutin. On ne peut pas faire comme si de rien n’était », s’indigne un observateur de la société civile.
Les accusations ne se limitent pas à un seul lieu. À Biguilaye et Koulimitan, des sources locales évoquent des pratiques similaires. Pour certains acteurs politiques, il ne s’agirait plus de simples dérapages isolés, mais d’un mécanisme destiné à influencer le vote. « Quand les mêmes faits se répètent dans plusieurs villages, on est en droit de parler d’un système », affirme un responsable local d’un parti d’opposition.
À Bolé, la situation aurait pris une tournure encore plus grave. Un représentant d’un candidat rival rapporte que des électeurs auraient voté avec des cartes qui ne leur appartenaient pas. Un individu interpellé avec plusieurs cartes d’électeurs aurait ensuite été relâché par un sous-officier, identifié comme le sergent-chef Bamba. « Cela pose clairement la question de l’impartialité des forces censées sécuriser le processus », dénonce-t-il.
À Fikidouo, le fils du suppléant du candidat RHDP est également cité pour des faits présumés de distribution d’argent à des agents électoraux, signalés le jour même aux autorités administratives.
Si ces accusations venaient à être confirmées, elles constitueraient une entorse grave aux principes démocratiques. En attendant d’éventuelles enquêtes et prises de position officielles, une certitude demeure : à Téhini, le scrutin du 27 décembre laisse derrière lui plus de questions que de réponses, et une confiance citoyenne profondément ébranlée.
Josué Koffi

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