La question de la responsabilité de l’État face au désastre écologique qui frappe la Côte d’Ivoire revient au centre du débat. Dans une déclaration, Konan Kouadio Siméon (KKS), président d’Initiatives pour la paix (IPP) et ancien candidat à l’élection présidentielle, dénonce ce qu’il qualifie de « culture de l’irresponsabilité » au sommet de l’État. Il interpelle particulièrement les autorités sur les conséquences de l’orpaillage et la pollution des ressources en eau.
Ci dessous son texte
DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE EN CÔTE D’IVOIRE : QUI EST RESPONSABLE ?
Dans notre récente métaphore du « sépulcre blanchi », nous dénoncions ce dualisme entre le vernis clinquant de l’émergence virtuelle et la décomposition biologique de notre pays réel. Aujourd’hui, je vous propose de nous attaquer à la racine éthique et juridique d’un des maux qui rongent nos institutions : la culture de l’irresponsabilité et de l’anonymat au sommet de l’État.
La Côte d’Ivoire moderne est devenue ce pays surréaliste où tout le monde au gouvernement est enclin à s’accaparer les lauriers du moindre succès national, mais où personne n’est jamais là pour assumer les échecs, les drames et les fautes de gestion. Dans la République de la partocratie, les coupables, les complices et les responsables ne sont jamais connus. On annonce à grands renforts de communiqués des « enquêtes approfondies » qui finissent immanquablement dans les tiroirs de l’oubli. Regardez le scandale de Koumassi : voilà bientôt quatre mois que le drame s’est produit, et c’est le silence radio absolu. Aucune conclusion, aucune sanction, aucune dignité républicaine.
Cette lâcheté administrative se répète aujourd’hui encore.
Dans le tourment général du désastre écologique qui frappe notre pays, une question insupportable sature le débat : qui est responsable de cette situation ? En réponse, le gouvernement s’empresse d’affirmer avec une légèreté déconcertante que « tout le monde est responsable », tentant de rejeter la faute sur les populations civiles. C’est une fuite en avant inacceptable. Quand tout le monde est responsable, personne ne l’est à la vérité.
Il est temps de sortir du flou artistique et de poser les trois questions de droit : Dans ce cataclysme écologique et humanitaire, qui a fait quoi ? Qui devait faire quoi ? Et surtout, qui n’a pas fait quoi ?
La réponse est écrite dans les textes de la République. Qui devait protéger nos fleuves et traquer les substances chimiques ? Les ministères chargés de l’Environnement et des Mines. Qui devait veiller à la sécurité de nos frontières et interdire l’infiltration de clandestins armés dans nos forêts ? Les ministères chargés de la Sécurité, de la Défense et des Eaux et Forêts.
Si le poison coule aujourd’hui dans les robinets d’Agboville, ce n’est pas une fatalité divine. C’est la conséquence directe d’un manquement grave, d’une omission coupable ou d’une complicité active de ceux qui ont reçu mandat et budget pour protéger le Peuple.
Bien sûr, ici aussi, il n’y aura pas de sanctions ni de démissions puisque personne n’est responsable.
Pourtant, de quelque côté qu’on la prenne, l’État est le seul et unique responsable. Sa mission régalienne absolue est de veiller à l’intégrité du territoire, à la santé publique et au respect des lois. Pour cela, la République a mis à sa disposition l’exclusivité de la puissance publique et un maillage institutionnel d’une rigueur totale à travers nos 31 régions, composé de préfets, de sous-préfets et de forces de sécurité.
Prétendre que cet appareil d’État ignorait la réalité d’un orpaillage à ciel ouvert, c’est avouer la mort de l’autorité publique. Un État devenu aveugle au point de laisser détruire ses propres terres plus d’une décennie durant est un État en faillite. Je me refuse à croire à une telle déchéance.
Devant une défaillance aussi flagrante, l’unique attitude d’honneur est de reconnaître sa responsabilité et d’en tirer la conséquence immédiate : décréter la suspension totale de toute activité d’orpaillage. Toute autre posture relève de l’insouciance.
L’autre visage de cette irresponsabilité qui frise la lâcheté est de demander à mots voilés aux populations civiles de pallier l’impuissance avouée de l’État en réglant elles-mêmes la question sur le terrain. Cette communication gouvernementale est d’une imprudence extrême. Elle expose nos concitoyens à des risques d’affrontements sanglants et imprévisibles face à des réseaux mafieux armés. Au lieu de mettre ainsi en danger la vie des Ivoiriens, n’est-il pas plus simple et judicieux d’user de la puissance d’un décret souverain pour tout arrêter ?
Comment comprendre qu’au moment même où le pays est en émoi devant l’empoisonnement de ses eaux et la perforation de ses terres, des autorisations continuent d’être signées et brandies aux populations pour exploitation ?
À ce stade critique du mal, la seule décision de conscience et de raison, si ce régime se fait un minimum de soucis pour la vie des populations, c’est de décréter immédiatement :
La suspension de toutes les activités d’orpaillage afin de lancer sans délai les opérations d’évaluation et de restauration de notre écosystème.
L’interdiction de la vente des terres au profit du bail emphytéotique afin de préserver ce qui reste de notre patrimoine foncier.
C’est le sens de notre Pétition Citoyenne Nationale dont vous trouverez le lien en premier commentaire. Signez-la pour redonner à ce qui reste d’État la force d’agir.
Konan Kouadio Siméon (KKS)
Président d’Initiatives Pour La Paix (IPP)
Ancien Candidat à l’Élection Présidentielle
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