Le prix bord champ fixé à 1 200 FCFA le kilogramme suscite de vives réactions chez les producteurs. Dans une analyse publiée le 4 septembre 2026, le Dr Ing. Ahoua Don Mello alerte sur les fragilités du modèle économique cacaoyer ivoirien, confronté à la chute des cours internationaux, aux difficultés d’écoulement et au risque de contrebande.
Le prix de 1 200 FCFA/kg marque un net recul par rapport aux 2 800 FCFA/kg fixés pour la campagne principale 2025-2026. Cette baisse intervient après le retournement des cours internationaux du cacao.
Le président du Syndicat national agricole pour le progrès (Synap-CI), Moussa Koné, a dénoncé un prix qu’il juge « honteux » et appelé les producteurs à se mobiliser. L’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) défend, pour sa part, un prix « raisonnable », tenant compte de l’évolution du marché international.
Selon les chiffres avancés dans l’analyse, les cours ont fortement reculé depuis le début de l’année 2026. Au 3 septembre, le cacao s’échangeait notamment autour de 3 511 FCFA sur le marché de New York et de 3 425 FCFA à Londres.
Pour Ahoua Don Mello, la situation actuelle remet au premier plan la question du fonds de réserve créé en 2011 afin d’amortir les fluctuations du marché.
L’auteur estime qu’un tel mécanisme devrait permettre de mieux protéger les producteurs en période de baisse des cours. Il réclame donc un audit sur la gestion de ce fonds et s’interroge sur la destination des ressources accumulées au fil des années.
Cette question intervient alors que plusieurs zones de production connaissent des difficultés d’écoulement.
À Abengourou notamment, des producteurs ont récemment alerté sur l’accumulation de stocks de cacao invendus. Pour Ahoua Don Mello, cette situation illustre les difficultés auxquelles est confrontée la filière malgré l’existence d’un prix officiel.
L’intervention du fonds de réserve pour contribuer au désengorgement du marché n’a pas suffi à dissiper les inquiétudes. Des acteurs dénoncent notamment une gestion qu’ils jugent « unilatérale, sélective et opaque » des ressources mobilisées.
Autre sujet d’inquiétude : la différence de prix avec le Ghana voisin. Selon l’analyse, cet écart pourrait favoriser la sortie clandestine de fèves ivoiriennes vers le territoire ghanéen où la rémunération des producteurs serait plus attractive.
Pour l’auteur, le relèvement du prix payé aux producteurs ivoiriens constitue une réponse nécessaire pour réduire cette incitation à la contrebande. Il préconise notamment de mobiliser le fonds de réserve pour rapprocher la rémunération des producteurs ivoiriens de celle pratiquée au Ghana.
Au-delà de la crise conjoncturelle, Ahoua Don Mello appelle à une transformation en profondeur du modèle cacaoyer ivoirien.
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, doit, selon lui, accélérer la transformation locale afin de capter une plus grande part de la valeur ajoutée créée par le cacao. L’objectif affiché par la filière est de parvenir à transformer 100 % de la production nationale à l’horizon 2030.
L’auteur plaide également pour une évolution du statut du planteur, qui devrait devenir un véritable entrepreneur agro-industriel, seul ou au sein de coopératives. Cette mutation permettrait, estime-t-il, de réduire le poids des intermédiaires et de mieux rémunérer les producteurs.
La mise en place du Système national de traçabilité (SNT) et de la carte à puce destinée aux producteurs, entrée en vigueur le 1er septembre, constitue une avancée dans la sécurisation de la filière.
Mais ces mesures techniques ne suffiront pas, selon Ahoua Don Mello, à résoudre les difficultés structurelles du secteur. Il appelle à un changement de « logiciel » pour adapter l’économie du cacao aux réalités de 2026.
Pour l’auteur, la crise actuelle doit ainsi être mise à profit pour repenser le financement de la filière, renforcer la transformation locale et faire davantage du producteur un acteur de la création de valeur.
David kouassi

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